Les Anciennes Traditions Paiennes

 Il existe de nombreux textes fondateurs au sujet des traditions païennes cherchant à comprendre le phénomène païen : ces textes sont des textes d’histoire, cherchant à comprendre ces religions apparaissant comme étant hors norme, atypiques, souvent condamnables et réfutables dans leur manifestation. Le paganisme peut faire preuve d’une certaine élaboration, sophistication au niveau des représentations divines : le fait de raconter des cycles, des légendes, des histoires complexes, il met en scène les divinités, il les explique dans leurs attributs là où les récits bibliques traditionnels seront problématisés, reformulés par le sermon dominical du prêtre.

Chaque mot au sein de la Bible, de la Torah, du Coran fait l’objet de débat : leur légitimité, leur compréhension et traduction fait l’objet de réflexions inépuisables. Au sein des traditions païennes, cela n’est pas le cas. Les ressources épistémologiques sont faibles et ne suffisent pas à la création d’une  église en tant que tel.

L’herméneutique, à savoir l’étude et la théorie de l’explication des textes et de l’interprétation des textes, n’existe pas réellement au sujet des traditions païennes, sinon dans leur aspect le plus général et non particulier. L’herméneutique existe en revanche largement au sujet des traditions grecques, chrétiennes, juives ou autres. Elles sont une science en elle-même. Selon l’auteur Julien l’Apostat qui rédigea le fameux Contre les Galiléens défense du paganisme, chaque peuple et nation possède des caractéristiques issues des croyances et même du “du dieu qui règne sur elle”. Il existerait même selon l’auteur des penchants et traits, attributs à chaque peuple, en fonction de leur croyance comme l’affirme le passage suivant :
Dites-moi alors pourquoi les celtes et les germains sont audacieux, les grecs et les romains policés et humains, tout en étant inflexibles et belliqueux, les égyptiens plus intelligents et plus habiles, les syriens peu propres aux armes et efféminés, mais cependant intelligents, chaleureux, insouciants et doués pour l’étude.”
L’idée notamment prédominante chez les païens est le concept de nature : ce concept apparaît sous des termes comme le Destin, le Hasard, la Nature, la Terre Mère. Selon Julien l’Apostat, chaque religion manifeste une particularité quoiqu’il en soit. Peut-être que certaines idées émanant des traditions païennes semblent d’un point de vue chrétien, juif ou encore musulman, excentrique et peu digne d’intérêt, mais cela n’est pas forcément vrai. Une étude approfondie des textes révèle des mœurs, reconnues ou non reconnues, légitimes, ou profanes, tolérables ou intolérables, approximatives ou précises, anciennes ou récentes, mais identifiables au sein d’une anthropologie. Chaque représentation de Dieu, aussi incompréhensible fût-elle mérite science, recherche, et le respect d’être étudié. Certains phénomènes religieux tels que les menhirs (pierres dressées, plantées verticalement, que l’on retrouve dans de nombreuses régions du monde et faisant l’objet de débat par rapport à leur provenance), ne sont toujours pas élucidés, ou encore tels que la pierre de rosette, qui a permis par son étude à éclaircir des impasses de l’histoire humaine.

L’observation de l’art pariétal au sein des grottes notamment françaises révèle l’étendue de la difficulté qu’ont les chercheurs à comprendre le phénomène religieux : d’où venons-nous, comment comprendre ces premières manifestations de l’esprit ? Ont-elles une fonction purement visuelle, esthétique, cherchant à retrouver l’idéal de la nature, à l’imiter pour d’autant plus l’apprécier ? Au contraire, les statuts, les outils, les représentations d’animaux sur les parois de grottes n’ont-elles qu’une fonction décorative, anecdotique ou utilitaire ?

Selon l’auteur Martin Heidegger, grand philosophe et écrivain du 20 è siècle, l’homme se caractérise par sa faculté de concevoir, d’élaborer et de faire preuve dans sa scientificité d’ingéniosité. L’homme est un être de création, c’est un artisan, au même titre que Dieu. Il semble plausible que selon la perspective de cet auteur, l’homme s’identifie à ce qui l’entoure, veuille s’approprier la beauté de ce qui l’entoure et manifeste sa dévotion envers l’humanité par son besoin de créer, son désir d’entreprendre et de conquérir le monde en se l’appropriant. Le phénomène religieux que constitue notamment l’art pariétal pourrait donc aller dans le sens d’une telle conception.

Dans les religions de type non paganiste, et souvent monothéistes, la présence divine est une présence menaçante, informant le croyant des risques qu’il prend à s’égarer ou contempler d’autres entités. Cela est le cas également au sein d’entités plus représentés et imagés telles que les dieux de l’Olympe qui sont des dieux vivants, aux caractères humains, aux défauts et qualités variés. Les dieux païens ont quelque chose de plus humain et de plus aimable dans leur représentation : ils peuvent constituer un exemple, une source d’inspiration tant pour les chercheurs, les poètes que pour les théologiens. Ils n’ont pas pour vocation première d’évangéliser, de moraliser, de convertir ou encore de représenter des concepts complexes comme l’idée de provenance divine, d’esprit saint, d’incarnation, qui sont des concepts posant problème au sein de la religion orthodoxe notamment. Au contraire, les traditions païennes ont tendance à posséder un dogme simple et compréhensible par tout individu. Lorsqu’elle cherche à s’identifier au dieu vénéré, c’est d’une manière accessible et joyeuse, telle que l’utilisation d’un langage premier : un Dieu peut incarner un nom à lui tout seul tel que le mot Providence, Charité, Foret, Vent.

De telles conceptions divines sont particulièrement présentes dans les traditions africaines et grecques : en grec en effet, le mot est chargé d’une valeur sémiologique forte. Chaque syllabe renvoie à une réalité : théos signifie par exemple dieu, logos signifie raison. Chaque mot renvoie à une histoire et une interprétation qui fige les philosophies anciennes telles que le platonisme ou encore l’aristotélisme dans une scientificité incroyable. Au sujet des croyances plus larges, parallèles à elles, nous ne pouvons pas en dire autant. Cette rigueur sémiologique n’est pas aussi profonde. On cherche avant tout à représenter des entités, à donner visage à des éléments incompris de la nature, à harmoniser le mystère divin par l’allusion à des mots simples tels que le Dieu ou la Déesse, l‘Un, le Tout, l’Essence, l’Énergie… La symbolique religieuse est moins présente, plus épurée, allant davantage à l’essentiel.

On travaille en tant que chercheurs sur les représentations d’ordre matériel telles que poupées, outils, vêtements, épitaphes, etc. Ce n’est pas le cas au sein de religions telles que le christianisme où tout l’aspect représentatif des religions fait l’objet de censures, ou alors est considéré comme partie de l’histoire humaine, réelle, et non-fictive. Personne n’ira dire, qu’Adam et Ève n’ont pas existé, qu’il s’agit d’un mythe inventé de toute pièce par les hommes. Il constitue en cela un mythe fondateur, dont on ne peut pas se passer au même titre que le mythe fondateur de l’Atlantide. Leur source si ancienne, et le fait qu’elles sont toujours l’objet de considérations et reconsidérations les placent comme étant presque l’égal des sciences mathématiques : comme étant universalisée. Certaines traditions païennes possèdent cette ambiguïté au niveau de leur histoire : à savoir le fait que l’on se demande si elles sont témoins de la véracité divine ou non.

Néanmoins, il est difficile de concevoir au sujet des traditions païennes qu’elles puissent réellement traduire l’histoire de Dieu parce qu’elles défendent souvent des visions polythéistes, et que les visions polythéistes s’expriment en nombre si gigantesque au sein de la géographie mondiale qu’elles apparaissent presque tout le temps comme symbole d’un lieu, d’une culture, une manifestation sociale avant toute chose.

Les sciences païennes ne s’étudient donc pas de la même manière que les sciences théologiques. Ce qui différencie un paganisme d’une religion est la manifestation religieuse ; la manière d’incarner les rites, les prières qui n’apparaîtra pas forcément au sein d’une église, d’un état ou encore d’un pays. Le paganisme répond d’une région, d’une ville, il se localise de manière plus restreinte que la religion. Il possède des attributs plus limités géographiquement. Il s’influence parfois même des religions officielles, mais de manière officieuse.

Selon les traditions, il est plus ou moins préférable de copier le dieu en question ou non, dans la pratique religieuse.

La naissance des traditions païennes intervient en Europe et dans la civilisation grecque et romaine relativement tôt, mais sera valorisée et systématisée dans le contexte du christianisme avec des religions comme le catharisme et des croyances issues de l’ère des Gaulois comme le druidisme notamment. Si nous nous inscrivons dans une perspective plus large, les traditions païennes existent depuis l’aube de l’humanité et ont précédé la fondation des grands mouvements monothéistes et actuels ou se sont inscrits en marge de ces dernières. Le terme ne doit pas être confondu, même s’il peut s’apparenter à un langage anthropologique avec des termes comme le chamanisme ou encore le druidisme ou l’hellénisme qui sont des formes de paganisme, mais qui n’appartiennent pas au contexte chrétien. Le terme de paganisme se retrouve sous la plume de grands auteurs tels que Cicéron. Le païen est un être qui se différencie du croyant au niveau des modes de vécu de sa croyance : il n’obéit pas aux dogmes imposés, mais s’attribue librement, en corrélation avec la nature bien souvent, des rituels spécifiques ne relevant pas du christianisme ou encore du judaïsme. Les traditions païennes font référence, bien souvent à des divinités issues de l’imaginaire folklorique et paysan, telles que Bacchus notamment, figure évoquant l’abondance nourricière du Vin, ou encore des dieux multiples comme nous les retrouvons dans des religions telles que l’hindouisme ou encore le brahmanisme. Le terme païen peut renvoyer à « traditionnel » ou encore à « populaire ». Mais en aucun cas, il ne peut se limiter à ces termes. Relié au terme « paganisme », venant lui-même du terme latin « paganos » signifiant « non-chrétien », le païen est un être libre qui s’affranchit des codes en vigueur. Des auteurs comme Frédéric Nietzsche ont pu au sein de leurs œuvres faire référence à des grands dieux issus de cette tradition telle que le Dieu Odin. Les traditions païennes dans leur manifestation sont inégales, mais constituent une réelle mythologie et cosmologie que l’on retrouve tout au long du monde occidental et qui est digne d’intérêt et de spéculation.

Introduction du cours sur les “Anciennes Traditions Païennes”, rédigé par notre professeure de philosophie Anna Nikitine. Vous trouverez la suite de ce manuel de 65 pages ici, dans notre boutique.

©Wicca Lucifera2016.

La sorcière

Grande prêtresse Wiccane luciférienne. Je suis chercheuse en parapsychologie et spiritisme depuis 20 ans, et j'expérimente et me forme en sciences occultes depuis 10 ans. Ce site a pour but de diffuser mon savoir et expériences en ces disciplines qui me passionne.

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